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NOTRE BLOG: "30-40-50"

14 mai 2012

Nausée à bon

Classé sous: 40,Dernier Billet — csavioz @ 7 h 11 min

S’affirmer, c’est oser dire non. Avec les années, c’est plus facile à appliquer. Quand j’avais vingt ans, c’était mission impossible. Je disais oui à tout, quitte à brûler toute l’énergie à disposition pour répondre aux sollicitations en tous genres. A trente ans, j’ai commencé à trouver des astuces pour échapper aux demandes dérangeantes. Cette technique nécessitait, là aussi, une folle énergie. J’ai tenu pendant quelques années.

Mais plus la quarantaine approchait, plus j’avançais sur le chemin de l’affirmation. J’ai commencé à oser dire ma façon de penser aux êtres bornés et rigides comme des i. J’ai par exemple osé refuser d’interviewer un homme qui s’était montré méfiant envers moi avant même de me rencontrer. Bon choix, car j’ai ensuite trouvé une autre personne pour réaliser le sujet, et cette dame a illuminé l’article.

Dire non quand quelque chose n’est pas en accord avec soi est la meilleure voie possible, en suis-je désormais persuadée.

Il me reste cependant des progrès à faire. Par exemple, l’autre midi, je n’ai pas osé répondre non au monsieur qui m’a demandé s’il pouvait prendre place à côté de moi dans un restaurant bondé. J’aurais dû. A cause de ma couardise, j’ai mangé mes pâtes dans une ambiance odorante nauséabonde émanant de ce mâle pas net du tout. A chaque passage du serveur, un vent désagréable donnait de l’ampleur à un relent de purin mélangé à de la transpiration. Sans compter qu’un autre client dégustait une fondue au fromage quelques tables plus loin, ajoutant une couche détestable dans l’air. Tous ces parfums mélangés ont soulevé une vague de nausée difficile à réprimer.

En quelques secondes, je me suis revue dans l’église de ma cité d’enfance, suffoquant à chaque jet d’encens dans la nef. Je me sentais alors seule au monde, à lutter intérieurement contre ces effluves insupportables. A l’époque, j’aurais rêvé de crier au curé d’arrêter d’agiter son fumeux instrument à torture. Je n’ai pas osé. J’ai donc subi. Ma seule porte de sortie était de m’enfuir dans mon imaginaire fleuri de petite fille. Je me voyais emmitouflée dans un linge de bain moelleux, respirant le frais. J’ai ainsi pu traverser ces interminables messes dominicales, dans la fumée des saints certes, mais la cloison nasale devenue insensible.

L’autre jour, au restaurant, j’ai donc tenté la même méthode. Mais impossible de m’enfuir dans un imaginaire odorant agréable. Là aussi, j’aurais rêvé de crier à ce monsieur qu’il m’incommodait fortement. Mais à 40 ans, on est censé être poli.

Peut-être qu’à 50 ans, j’oserai. A 70 ans, sans doute, parce qu’à ce moment de la vie, on n’a plus rien à perdre, m’a raconté un septuagénaire. «A cet âge, on peut ôter le masque et oser être soi, vraiment», a-t-il ajouté. Mâles malpropres, promis, je vous retrouverai. Rendez-vous dans trente ans.

Christine S.

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8 mai 2012

Ballon d’essai

Classé sous: Dernier Billet — dvaquin @ 8 h 53 min

Je ne suis pas très fort au foot. Bon, après, pour ma défense (je joue en attaque), à part dans les cours d’école et les tournois populaires, j’en n’ai jamais vraiment fait. Les probabilités de taper un jour le ballon avec des joueurs du FC Sion étaient donc plutôt faibles. Jusqu’au jour où Christophe Bonvin m’a proposé de participer à un match de gala en faveur de la fondation ELA en présence d’anciens joueurs du FC Sion. La vache, sur le moment j’ai failli lâcher une larme tellement j’étais heureux.

Quelques jours plus tard, je me retrouve donc assis dans un vestiaire, à regarder mes idoles de l’époque: Yvan Quentin, Alexandre Rey, Marco Pascolo, Johan Lonfat… Soudain, Jean-Paul Brigger fait son apparition et vient s’asseoir à côté de moi. Au même moment, arrivée de Mirsad Baljic qui se pose sur ma droite. Ils me saluent et commencent à parler du bon vieux temps et à plaisanter. Et moi je suis là au milieu comme un gamin, incapable de dire un mot, avec un grand sourire béat accroché aux oreilles. La partie débute. Je joue contre Jean-Paul Brigger. Sur un corner, on me demande de le tenir. Sérieux, «tenir» Jean-Paul Brigger. De un j’en suis bien incapable. De deux même si sur un malentendu la balle devait me rebondir dans le dos, je préférerai lui faire la passe rien que pour le voir marquer. Fin du match et lourde défaite. Je n’ai pourtant jamais été aussi content sur un terrain de foot. (surtout qu’il paraît que je suis assez mauvais perdant)

Après une séance de photos souvenirs, je reprends mes esprits autour d’une mousse en regardant les gosses qui se ruent pour essayer d’avoir un autographe d’…Amel Bent (elle a été invitée par les organisateurs pour tirer le coup d’envoi). Je leur dis: «Arrêtez, votre chanteuse là elle a fait une seule chanson connue. Lui c’est Yvan Quentin, il a joué avec l’équipe suisse. Lui c’est Alexandre Rey, il a marqué le but de la victoire en finale de coupe contre Young Boys sur une passe géniale de Mirsad Baljic. Lui c’est Christophe Bonvin, il a scoré à Anfield Road. Pas de réaction. Ils n’ont d’yeux que pour leur star de la téléréalité. Désormais, on dirait que le FC Sion fait surtout rêver les avocats, plus les jeunes supporters. Seule bonne nouvelle, Stefan Lehmann a annoncé son retour comme entraineur des gardiens. Avec Dieu dans les parages, un miracle est toujours possible…

PS : Il va de soi que, seul au point de penalty, j’ai bien entendu réussi à tirer au dessus.

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21 avril 2012

Famille au passé composé

Classé sous: 40,Dernier Billet — csavioz @ 5 h 39 min

La famille recomposée est à la mode aujourd’hui. On se marie, on divorce, on se remarie, englobant les enfants des uns et des autres dans le tourbillon des noces. Comme les nouveaux époux s’aiment, ils imaginent que leur progéniture respective devrait faire de même. Et être heureuse pour le meilleur. Malheureusement, c’est souvent pour le pire. Les enfants de l’ex-couple de madame ne s’entendent pas forcément avec ceux de l’ex-couple de monsieur. De même que l’épouse n’a pas forcément de feeling avec les enfants de son homme, et inversement. Et ce, malgré la meilleure volonté du monde.

A un moment donné, il faut savoir faire le deuil de la famille parfaite, recomposée ou pas. La mère, le père et leurs petits dans une même harmonie, c’est bon pour le cinéma américain, mais c’est tout. Même si j’adore les «happy ends», j’avoue qu’elles ne correspondent jamais à la vraie vie. Dans la vraie vie, on ne peut pas tous s’aimer. C’est ainsi.

L’autre jour, je mangeais, seule, dans un restaurant, quand est entré le prototype même de la famille idéale. Maman, papa et leurs deux enfants (un garçon et une fille, évidemment), vêtus à la dernière mode, se sont assis à la table à côté de moi. Entre deux baisers fougueux, les parents se sont montrés béats devant leurs si beaux marmots. La famille parfaite, vraiment? «Comment peux-tu être sûre qu’ils sont heureux? Tu ne sais pas ce qu’ils vivent chez eux», m’a dit l’un de mes amis. «Si ça se trouve, madame et monsieur ne cessent de se disputer, les enfants sont insupportables et leur appartement tombe en ruine. Va savoir…» Cet air de famille parfaite ne serait ainsi peut-être qu’un vernis.

J’ai soudain repensé à certains repas pris à l’extérieur, dans mon enfance, où ma propre famille devait donner cette impression de famille parfaite aux autres convives. Certains s’extasiaient même devant «cette belle complicité»entre ma mère et moi. Quel leurre!

Le temps a passé. J’ai cherché à réaliser une jolie famille. Raté. Je n’ai connu presque que des amoureux divorcés, bardés d’enfants nés d’une autre relation. Pas simple pour la «copine de papa» de faire avec des marmots parfois mal élevés, qui n’hésitaient parfois pas à me lancer des coups de pied sous la table. Devant leur papounet adoré, ces chers anges interprétaient à merveille les gamins de rêve. J’ai ragé en silence. Jusqu’à la rupture.

Aujourd’hui, mon amoureux a deux enfants. Grands. Tout se passe bien. Ouf. J’ai commencé le deuil de la famille idéale et des enfants que je n’aurai jamais. Sans doute ne suis-je pas faite pour être maman et encore moins pour les familles parfaites. C’est inscrit dans mes gènes. Il y a des deuils pas toujours faciles à porter.

Christine

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18 avril 2012

Le poids des « ex »

Classé sous: 50 — fmassy @ 15 h 15 min

(Lire la suite…)

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Une passion qui colle à la peau

Classé sous: Dernier Billet — dvaquin @ 14 h 59 min

Je n’ai pas honte de le dire : j’ai trente-deux ans et je collectionne les Paninis! (Je précise tout de suite vu que l’on m’a déjà posé la question, non je ne collectionne pas les sandwiches italiens, je parle des petites étiquettes autocollantes représentant des joueurs de foot). Cette petite et collante lubie m’a pris il y a déjà pas mal d’années.

Je me souviens de mon premier album comme si c’était hier, celui de l’Italia 90. (Maman si tu me lis, non je ne l’ai pas pris chez moi, il est toujours quelque part au galetas et je te serai éternellement reconnaissant si tu le retrouves…) On l’avait fait avec mon frère. Des heures à essayer de coller les vignettes à la perfection, à apprendre le nom des joueurs, à noter religieusement les résultats après chaque rencontre et à se marrer en regardant la coupe des footballeurs des pays de l’est. Aujourd’hui, la passion est toujours la même.

L’avantage c’est qu’au lieu de devoir supplier mes parents d’acheter quelques pochettes, maintenant je peux me faire plaisir et acheter la boîte d’un coup (ou même plusieurs quand je suis vraiment en manque). Le pied de déchirer les cent pochettes, de classer les joueurs par équipe, de découvrir que Cristiano Ronaldo a cinq ans de moins que moi, de voir briller les étiquettes avec les blasons des équipes. Une fois la première phase passée, arrive le moment crucial des échanges. Petit, il fallait négocier sévère avec les copains de classe, un brillant valant plusieurs joueurs classiques. Maintenant, grâce à Facebook, tout est plus facile. C’est aussi l’occasion de voir le nombre de grands enfants fans de Paninis. «C’est pour mon fils», invente un ami. A d’autres!

Reste ensuite l’étape ultime, coller le dernier Panini dégotté au fond d’une cour d’école ou commandé auprès de la fabrique italienne. Bref, les Paninis, c’est un peu comme la Madeleine de Proust. Sauf que c’est moins calorique et que le plaisir est multiplié par 539 (le nombre de vignettes dans l’album de l’Euro 2012). Au risque de me répéter, je n’ai pas honte de dire que je collectionne les Paninis à mon âge. Après si vous pensez que j’ai le profil pour un dîner de con mercredi soir prochain, j’accepte l’invitation. A la condition que vous ayez des doubles à échanger.

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31 mars 2012

Poussée d’hormone

Classé sous: 40,Dernier Billet — csavioz @ 6 h 38 min

 

«C’est fou comme tu es resplendissante depuis que tu es amoureuse!», me répète l’une de mes amies depuis quelques mois. Ainsi, on serait plus beau quand on aime? Peut-être. Pourtant, je n’ai pas l’impression d’avoir été un laideron pendant les mois où je n’étais pas dans les bras d’un homme. La jeunesse y était pour quelque chose, sans doute. Mais cela n’explique pas tout.

Certes, le fait d’être amoureux provoque un je-ne-sais-quoi intérieur qui se voit à l’extérieur. Les scientifiques ont trouvé des explications toutes physiologiques à ce phénomène d’embellissement. Ainsi ont-ils découvert que l’état amoureux déclencherait une sécrétion de phénylethyl alanine (PEA) dans le cerveau. Cette hormone procurerait la satisfaction d’aimer et d’être aimé.«Le PEA est une amphétamine aux effets euphorisants et dynamisants. Il permet de percevoir l’autre sous son plus beau jour, et ainsi, de lui donner le meilleur de soi-même, comme si tous les défauts étaient gommés», dixit les pros des mécanismes humains.

Et qui dit plus aucun défaut, dit aussi sensation de bonheur et d’apaisement. Notre attitude s’en ressent. Le visage se détend, le sourire est omniprésent, les yeux brillent… Bref, on rayonne. Cela donne raison à mon amie: se sentir en amour rend les gens plus beaux. Tout serait donc dans l’hormone. Ce ne serait plus nous qui choisirions tel ou tel homme, mais notre hormone x. Nous n’aurions donc plus aucune part personnelle dans notre ressenti.

Décidément, j’ai de la peine avec les scientifiques qui veulent toujours tout expliquer avec la biologie, la chimie et toutes ces formules sans magie. Pour eux, rien ne peut être le fruit du hasard. Cette vision du monde m’horripile. J’ai encore envie de croire à la part du mystère, à la magie. Quelle prétention de croire qu’on peut avoir réponse à tout sur cette terre! Non, l’homme ne maîtrise pas tout. Parfois, une rencontre se transforme en histoire d’amour et ce n’est pas à cause d’une hormone bien placée. C’est juste un moment magique où une étincelle jaillit sans autre raison.

Sans doute suis-je trop romantique ou trop naïve, diront certains. Qu’importe. Vade retro, scientifiques dont la raison est le seul dieu. Je préfère croire en un monde où la passion prend le pas sur la raison. Comme ça. Juste pour le plaisir des sens.

«La raison parle et le sentiment mord», disait Pétrarque. J’aiguise mes dents. Prenez garde à vous, chers scientifiques!

Christine

 

 

 

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28 mars 2012

Carême…nt soif !

Classé sous: Dernier Billet — dvaquin @ 19 h 34 min

Du plus loin dont je me souvienne, je n’ai jamais vraiment été porté sur le carême. Petit, je n’ai pas souvenir d’avoir été privé de bonbons, chocolat ou autres sucreries durant les quarante jours qui précèdent Pâques. Je me rappelle juste que certains vendredis, on allait en famille manger la soupe aux légumes de carême à la paroisse de la cathédrale. Soupe des plus savoureuses (rien à voir cependant avec celle du Téléthon) qui était servie avec des stères de pain blanc ce qui n’était pas pour me déplaire.

Pourquoi je vous parle de ça? Parce que récemment, j’ai un peu entendu le terme carême utilisé à toutes les sauces. Sur Wikipédia, le carême est défini comme une période de jeûne de quarante jours. Petit détail original: «il est question de quarante jours ouvrables : le jeûne ne s’observe en effet pas le dimanche, la modération restant cependant conseillée ce jour-là.» Marrant, on dirait presque les tournures d’un contrat commercial. En fouillant un peu, on se rend vite compte que le carême version 21ème siècle n’a plus grand-chose à voir avec la religion. Suffisait de surfer sur Facebook après carnaval pour constater la chose: «Je cherche une idée de carême, quelqu’un peut m’aider?» Ben commence peut-être par le carême de Facebook…

Le plus souvent, c’est le carême de l’alcool qui remporte les suffrages. Tout simplement parce qu’après carnaval, t’es tellement mal fichu que tu te dis qu’un peu de sevrage ne peut pas faire de mal. En plus, logiquement cela devrait permettre d’attaquer un peu la petite bouée qui te sert de ventre et surtout, après cette période d’abstinence, tu pourras te vanter de réussir à tenir un mois sans un seul verre. Ca c’est pour la version sur le papier. Parce que moi j’ai ai essayé l’année passée et j’ai tenu jusqu’au…mercredi des Cendres. (J’aurais dû voir venir le piège quand on m’a demandé : rouge ou blanc?) Enfin malgré mes mises en garde, plusieurs collègues ont quand même tenté leur chance. Tout de suite après leur décision solennelle, ils ont commencé à énumérer les jokers : un pour l’anniversaire du copain, un pour la sortie de boîte, un pour ci…

Résultat, le joker est rapidement devenu…permanent et les apéros ont retrouvé leur cours normal. Ce qui est assez logique, parce que quelque part, faire le carême de l’apéro, c’est un peu comme faire le carême de l’amitié. Et faire le carême de l’amitié, même en n’étant pas pratiquant, ça reste pas très catholique comme idée.

 

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16 mars 2012

Supplément d’âme

Classé sous: 50,Dernier Billet — fmassy @ 23 h 50 min

 

J’avais prévu de vous parler d’Infidèles le film à sketches français avec Dujardin et Lellouche, mais il y a des semaines,
comme ça où l’on n’a plus envie de rire. Il y a des jours où la détresse est tellement grande qu’on ne sait plus quoi évoquer. Alors finalement, pour ne pas
cultiver le malheur, je vais vous raconter de belles histoires. Des histoires qui rassurent. Dans un monde qu’on nous vend trop souvent comme dominé par la violence et le fric, il y a des femmes et des hommes qui rajoutent au quotidien comme un supplément d’âme.
Emmanuel Faber, par exemple. Le directeur général délégué et vice-président du conseil d’administration de Danone n’a rien d’un clown. Il prône pourtant qu’ «un autre monde est possible» tout
en expliquant comment gérer une multinationale selon les principes du commerce équitable, en étant utiles aux actionnaires mais aussi aux salariés et aux fournisseurs. Il est à l’origine (2006) de la Grameen Danone Foods Ltd qui place les préoccupations sociales et environnementales au cœur de sa gestion d’entreprise. Il a réussi en 2009 à convaincre ses actionnaires de prélever 100 millions d’euros pour soutenir une sicav solidaire (Société d’Investissement à Capital Variable). Les grincheux me diront que le grand patron gagne plus de deux millions par année. Soit, mais son parcours et sa démarche restent des voies (voix) d’espérance. («Chemins de traverse» Albin Michel.)

Michela Marzano, elle, est italienne, professeur de philosophie à Paris-Descartes. Coordinatrice du Dictionnaire de la violence (220 auteurs, quatre ans de travail), elle avoue dans le magazine CLES être optimiste quant à l’évolution de la violence au XXIème siècle. «Dans les années 1980, les idéalistes étaient considérés comme des loosers, on en voit aujourd’hui les résultats… Mais il y a un renouveau, avec un esprit qui n’ignore plus ce que veulent dire les mots justice et justice sociale, et une envie de lutter pour les mettre en pratique. Les jeunes désirent que les choses changent. La vraie richesse, ce sont nos jeunes… »

 Le troisième s’appelle Wiard Raveling. Un enseignant allemand né en 1939 et auteur en 1980 d’une lettre bouleversante au philosophe juif français Vladimir Jankélévitch (1903-1985), qui avait radicalement rompu avec la culture allemande. Hegel, Schumann et leurs compatriotes n’existaient plus pour lui. Même si Jankélévitch n’a pas modifié sa position, les
mots de Wiard Raveling ont fait vaciller ses certitudes… (la lettre est sur notre blog billet précédent).

Regardez bien, le quatrième messager d’un supplément d’âme est tout prêt, là à côté de vous…

 

 

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lettre de Wiard Raveling à à Vladimir Jankélévitch

Classé sous: Dernier Billet — fmassy @ 23 h 03 min

Lettre de Wiard Raveling écrite en français en
juin 1980 à Vladimir Jankélévitch en réponse aux propos tenus par  le philosophe juif dans l’émission culturelle «Le masque et la Plume».

Cher Monsieur Jankélévitch,
«Ils ont tué six millions de Juifs
Mais ils dorment bien
Ils mangent bien
Et le mark se porte bien.»

Moi, je n’ai pas tué de Juifs. Que je sois né allemand, ce n’est ni ma faute  ni mon mérite. On ne m’en a pas donné la permission. Je suis tout à fait innocent des crimes nazis ; mais cela ne me console guère. Je n’ai pas la conscience tranquille. J’ai une mauvaise conscience et j’éprouve un mélange de honte, de pitié, de résignation, de tristesse, d’incrédulité et de révolte. Je ne dors pas toujours bien.
Souvent je reste éveillé pendant la nuit, et je réfléchis et j’imagine. J’ai des cauchemars dont je ne peux me débarrasser.
Je pense à ANNE FRANCK, et à AUSCHWITTZ et à la TODESFUGE et à NUIT ET BROUILLARD :

DER TOD IST EIN MESTER AUS DEUTSCHLAND
« La mort est un maître venu d’Allemagne »

Je me rappelle exactement la nuit où j’ai vu NUIT ET BROUILLARD. Quelqu’un m’avait signalé qu’on donnerait le film à la télévision. J’ai voulu le voir. Mais il ne fallait rien dire à mes parents, parce que c’était trop tard pour un lycéen qui devait se lever de bonne heure dans toute la fraîcheur du corps et de l’esprit. Quand mes parents s’étaient couchés, je me suis relevé clandestinement, le cœur battant. Quand je suis passé devant leur porte, mon père ronflait comme d’habitude, et ma mère dormait paisiblement sans doute.  Et moi, j’ai allumé la télévision et j’ai mis le son tout bas pour ne déranger personne, et je fus le témoin de cette nuit de l’humanité. Je vis ces montagnes de cadavres, ce mélange absurde et obscène de chair, de boue, d’os, d’excréments, de cheveux. Je vis ces cadavres entrelacés dans un commun destin, poussés dans le fossé par un bulldozer impassible, dans l’étreinte secouée par la mort. Et tout se passait sous les yeux impassibles de mes compatriotes en uniforme, qui selon toute apparence, ne furent pas attendris même par le plus petit des corps. Ces choses inanimées avaient été des êtres humains mis au monde par des mères, des êtres humains pleins d’espoir et de crainte, de joie et de tristesse. Et pleins de talents. Combien de talents.

Et après je me suis recouché dans un état peu préparé au sommeil. Quand je suis passé par la porte de mes parents, mon père ronflait toujours et ma mère dormait toujours paisiblement, dans doute.  Et je fus seul toute la nuit, seul avec les impressions que je ne pouvais pas digérer. J’étais dans un âge impressionnable, qui n’a pas encore beaucoup de défenses intellectuelles, qui n’a pas encore les callosités du cœur indispensables pour l’âge adulte. Et Dieu était mort définitivement.

Je n’ai jamais parlé de cette nuit à mes parents ni à personne. C’est sans doute pourquoi elle ne m’a plus jamais relâché.

DER TOD IST EIN MESTER AUS DEUTSCHLAND

Est-ce que j’ai le droit de me plaindre ?
Tout le monde comprend que la victime se plaigne, et le fils de la victime.
Mais le fils du bourreau ?

Comment jamais venir au bout d’AUSCHWITZ ? Comment surmonter ces montagnes, comment combler ces fossés, comment éteindre ces fours, comment disperser cette puanteur, comment calmer ces gémissements, comment calmer ces cris de désespoir ?

GRAB MIR EIN GRAB IN DEN LÜFTEN DA LIEGT MAN NICHT ENG
« Creuse-moi une tombe dans les airs on n’y est pas couché à l’étroit »

Il y en a chez nous qui ont trop vite oublié. Il y a parmi nous beaucoup de coupables qui vont bien. Je mange bien, merci, quand ma femme est en forme, et surtout quand je suis en France.
Je n’ai pas de difficultés financières. Je gagne plus que mes collègues français, polonais, russes et israéliens.
Mais je souffre de mon pays, redevenu en apparence si fort et si plein d’assurance. Je souffre de mon pays qui est en réalité plein de complexes et d’incertitudes, qui cherche sa place et son identité, qui est plein de coupables et d’innocents, d’arrogants et d’humbles, d’opportunistes et de gens engagés et de jeunes ingénus qui portent la lourde charge que l’histoire leur a mise sur le dos. Ils ont besoin de la sympathie et de l’aide des autres peuples.
Un Français peut souffrir de la Majorité ou de l’Occupation, ou des patrons ou des syndicats ; mais est-ce qu’il peut souffrir de la France ? Moi, je souffre de l’Allemagne. C’est une plaie dans mon cœur qui ne se ferme pas. Quelqu’un a dit que, sans les nazis, ce siècle aurait pu être le siècle de l’Allemagne au sens positif.

Mes parents n’ont pas tué de Juifs. Ils ne dorment toujours pas bien. Ma mère est souffrante. Mon père s’endort vite et profondément. Mais il ne peut pas dormir longtemps. Il se lève toujours très tôt. Il est revenu mutilé de Russie et son corps lui fait toujours mal. Depuis bientôt quarante ans. Cela remonte déjà à 1941 lorsqu’un soldat anonyme de Russie lui a fracassé la hanche. Donc je peux être certain qu’il n’a pas participé à AUSCHWITZ, à Babi Yar (village d’Ukraine où 40 000 personnes furent tuées par balle, NDLR), à Varsovie. Peut-être, ou même probablement, il a tué quelques soldats russes. C’était normal – pour le dire cyniquement. Mon père porte son souvenir douloureux toujours avec lui. Il ne se plaint jamais. Est-ce que son cœur est aussi atteint? Est-ce que son âme est aussi mutilée? Je n’ose pas y regarder de trop près. Lui, il n’aime pas parler
de ces temps-là.

Mes parents n’ont pas voté pour Hitler avant 1933. Mais après ses « grands succès », ils se sont convertis. Convertis à cet homme qui pourtant avait des cornes plein le visage et sentait le soufre de loin et n’était guère parfumé ni plein de distinction. Même dans leur région rurale, ils ont dû remarquer que les juifs disparaissaient un peu partout. Beaucoup partout. Cela n’a pas dû les troubler outre mesure.

Je ne les méprise pas. Est-ce que moi, à leur place, je n’aurais pas agi comme eux ? Cette question m’inquiète, et je n’ose pas y donner une réponse rapide et négative. Responsables ou innocents résultats ?

Est-ce que je les aime ? Est-ce que j’ai le droit de les aimer ? Peut-être moi aussi, dans un certain sens, j’ai perdu mes parents. Mes parents et mon pays.
Pendant toute mon enfance, pendant toute ma jeunesse, mon père claudiquant m’a rappelé chaque jour que nous avions été du mauvais côté. Nous ?
Mes parents mangent assez, merci. Même trop. Mais pas très bien, à mon goût. C’est à cause d’un manque de culture culinaire. Leur pension est assurée et assez élevée. Ils ont plus de moyens que de besoins.
L’autre jour, un ancien camarade de classe de mon père, un juif qui avait émigré aux Etats-Unis, lui a rendu visite. Aux dires de mon père, ils se sont très bien entendus. Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est un miracle ? Est-ce que c’est normal ?

Mes grands-parents n’ont pas tué de juifs, eux non plus. Ils étaient toujours contre les nazis, même pendant leur époque «glorieuse». Mais ils ne se sont pas distingués comme résistants. A vrai dire, ils n’ont pas beaucoup résisté. «L’individu ne peut pas faire grand-chose en politique.» Ils n’ont pas assassiné Hitler. Ils ont passé leur temps à travailler et à espérer pour le mieux. Mais qui s’intéressera à mes grands-parents? Ils n’ont rien fait d’important, ni de bien ni de mal. Avec eux, on ne peut rien prouver.

Mes enfants ne connaissent pas de juifs. Dans notre région, il n’y en a presque plus. Mes enfants dorment bien, merci.
A moins qu’ils n’aient la grippe ou qu’une dent ne leur fasse mal. C’est tout comme chez les petits Français ou Polonais ou Russes ou Israéliens. Qu’ils soient nés allemands, cela ne leur pose pas encore de problème. Pas encore. Ce n’est pas leur faute, mais la mienne et celle de ma femme.

Mes enfants peuvent manger bien et beaucoup, s’ils le veulent. Mais ils ne le veulent pas toujours. Mon garçon mange comme un moineau. Les autres, ça va mieux. J’espère qu’ils auront toujours assez à manger. Et j’espère que le mark, leur mark se portera toujours bien, tout comme le franc et le zloty. Mais, bien sûr, mes vœux ne changeront guère le cours de l’histoire.
Mes trois enfants sont blonds. Blond germanique. Blond Brigitte Bardot.

DEIN BLONDES HAAR MARGARETHE
DEIN ASCHENES HAAR SULAMITH
«Tes cheveux blonds Margarethe,
Tes cheveux de cendre Sulamith »

 Je leur parle d’ANNE FRANK. Je leur parlerai de NUIT ET BROUILLARD. Je leur parlerai de notre histoire pas très réussie. Je leur parlerai du mal que les Allemands ont infligé à tant de gens et de peuples. Je leur parlerai de notre lourd héritage,
qui est aussi le leur. J’essaierai de les informer, de les intéresser, d’éveiller leur sympathie pour ceux qui ont souffert et pour ceux qui souffrent encore. Je chercherai à éviter de leur léguer mes cauchemars et ma mauvaise conscience, ce qui ne sera pas très facile. Ils apprendront des langues étrangères. Ma fille aînée apprend déjà le français et l’anglais. Ils voyageront dans des pays étrangers et rencontreront des gens de tous les pays. Je suis sûr qu’ils n’auront pas beaucoup de préjugés. J’espère qu’ils n’auront pas trop de complexes.

Si jamais, cher Monsieur Jankélévitch, vous passez par ici, sonnez à notre porte et entrez. Vous serez le bienvenu. Et soyez rassuré. Mes parents ne seront pas là. On ne vous parlera ni de Hegel ni de Nietzsche ni de Jaspers ni Heidegger ni de tous les autres maîtres-penseurs teutoniques. Je vous interrogerai sur Descartes et sur Sartre. J’aime la musique de Schubert et de Schumann. Mais je mettrais un disque de Chopin, si vous le préférez, de Fauré et de Debussy. Je suis sûr que vous ne serez pas fâché si ma fille aînée joue du Schumann au piano et si les petits chantent des chansons allemandes. Soit dit en passant j’admire et je respecte Rubinstein ; j’aime Menuhin.
On vous fera grâce de notre choucroute et de notre bière. On vous préparera une quiche lorraine ou une soupe russe. On vous donnera du vin français. Si vous ne pouvez pas dormir sous nos édredons, on vous donnera une couverture aussi française que possible. Si, un matin, vous êtes réveillé par une voix allemande, ce ne sera que mon fils qui jouera avec son train électrique.
Peut-être, s’il fait beau, vous irez faire une petite promenade avec nos enfants. Et si la plus petite trébuche ou tombe, vous la relèverez. Et elle vous sourira avec ses jolis yeux bleus. Et peut-être caresserez-vous ses jolis cheveux blonds.

Je vous prie de croire, cher Monsieur Jankélévitch, à l’assurance de mes sentiments respectueux.

W.R

Maintenant que Raveling est vieux, il modifierait une phrase: « Moi, je souffre de l’Allemagne. C’est une plaie dans mon coeur qui ne se ferme pas » deviendrait: « L’Allemagne est une blessure qui se rouvre de temps en temps. Comprenez-vous la différence? » 

Tiré Philosophie Magazine, Mars 2012.

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4 mars 2012

Juge et assassin

Classé sous: 40,Dernier Billet — csavioz @ 15 h 41 min

 

«Non mais t’as vu comme elle s’habille cette femme? A son
âge, quand même… On ne met plus de minijupe.» Propos entendus dans la rue entre
deux dames, la soixantaine bien pendue. Il y aurait donc un âge pour pouvoir adopter
certaines tenues vestimentaires ? J’ai regardé plus attentivement la femme
à la minijupe. Elle avait de très belles jambes pour une dame à la cinquantaine
largement dépassée. Elle n’avait donc pas tort de les montrer, ai-je eu envie
de répliquer aux vilaines commères vêtues, elles, de gros pantalons en lainage,
pulls à col roulé bien serré et socquettes blanches.

D’accord, j’exagère un peu: elles n’avaient pas de socquettes.
Mais elles l’ont un peu cherché, ces gardiennes de la vertu. J’ai toujours
détesté les donneurs( euses) de leçon. Ces gens qui ont le monopole de la bonne
manière de vivre me hérissent le poil. Juger est très facile; faire une vraie
rencontre demande davantage de courage, de temps et d’investissement personnel.

Adolescente, j’étais terrorisée par les regards des autres.
Je les traquais, doutant du droit à ma place sur cette terre. Est-ce que j’arriverai
à me trouver un bout d’espace dans cette vie, comme j’étais – noiraude, petite,
les yeux bleus et des mini-pieds? Oserai-je seulement être moi un jour?, me
demandais-je sans cesse. Je n’ai pas lâché. Et, lentement mais sûrement, j’ai
fait éclore celle que j’étais. A mes risques et périls parfois. Dieu sait qu’on
s’est gaussé de mon envie de mettre des jupes par tous les temps. J’entendais
des commentaires peu agréables sur mon besoin de féminité alors que toutes mes camarades
se déguisaient en garçons manqués. J’assortissais tout, du ruban dans les
cheveux au noeud sur mes chaussures. On m’affublait de tous les surnoms. J’étais
tantôt la belle bleue, tantôt le bébé rose. J’essayais de ne pas y prêter
attention.

Des années ont été nécessaires pour arriver à être moi, sans
me préoccuper de l’avis d’autrui – excepté l’opinion des gens qui m’aiment
vraiment. J’ai réussi. Aujourd’hui, les hommes encensent même ce côté féminin
qui me caractérise.

Par contre, j’ai eu de la peine à respecter la promesse que
je m’étais faite: ne point juger les autres quand je serai adulte. Je me
souviens par exemple de mon regard appuyé sur un string dépassant les jeans
d’une adolescente et dévoilant le début de ses rondes fesses. Je me suis vu
porter un jugement sec et sonnant. Cela a duré trois secondes. Je me suis vite
réprimandée.

Heureusement, je ne porte pas de socquettes blanches. Du
moins pour l’instant.

Christine

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